La question de l’assurance sur un tournage se règle avant le premier jour — ou elle se pose au pire moment. Un dolly qui chute d’un camion pendant le transport, du matériel volé la nuit dans un véhicule garé en extérieur, un dégât des eaux dans un studio qui noie deux jours de location : ces accidents arrivent. Ce qui change tout, c’est d’avoir le bon contrat avant qu’ils surviennent.
Voici comment fonctionne la couverture assurance sur une production professionnelle : qui couvre quoi, avec quels montants, et ce que j’intègre systématiquement dans mes contrats de location.
Qui est responsable du matériel loué sur un tournage ?
La réponse courte : la production. Dès qu’un équipement est confié à une équipe de tournage via un contrat de location, la responsabilité de cet équipement passe au locataire — la société de production — pour toute la durée du contrat. C’est une clause standard dans tous les contrats de location de machinerie professionnelle.
Ça signifie concrètement que si le dolly revient endommagé, si du matériel disparaît entre deux décors, ou qu’un accident en transport détruit des équipements, c’est la production qui est redevable de la valeur du préjudice. Les montants ne sont pas anodins : un ensemble dolly + rails + tête hydraulique représente souvent 80 000 à 120 000 euros de matériel. Sans couverture adaptée, un seul incident peut déséquilibrer un budget de production entier.
Sur un tournage HBO que j’ai suivi à Paris il y a quelques années, le régisseur général avait insisté pour que l’attestation d’assurance soit vérifiée avant même que le premier colis monte dans le camion. Ce réflexe m’a marqué. Depuis, c’est devenu ma règle aussi.
Les trois types de contrats qui couvrent un tournage
La RC professionnelle du prestataire — ce qu’elle couvre réellement
La responsabilité civile professionnelle (RC pro) protège le prestataire — le chef machiniste ou la société de location — contre les dommages causés à des tiers dans l’exercice de son activité. Elle ne couvre pas la valeur du matériel lui-même.
Si mon dolly cause un accident sur le plateau et blesse quelqu’un, ma RC pro intervient. Si ce même dolly est accidentellement endommagé par la production pendant le tournage, ce n’est pas ma RC pro qui règle le problème — c’est la couverture tous risques matériel de la production.
Cette distinction est régulièrement mal comprise. Beaucoup de directeurs de production croient que la RC pro du loueur couvre l’ensemble des risques. Ce n’est pas le cas.
L’assurance tous risques matériel de la production
C’est le contrat central. L’assurance tous risques matériel couvre la valeur du matériel contre les dommages accidentels, le vol, les dégâts liés au transport, les incidents techniques imprévus.
Les primes tournent autour de 1 à 3 % de la valeur assurée par an — selon le prestataire, la zone géographique du tournage, et les conditions d’utilisation (studio ou extérieur, France ou étranger). Pour un tournage de 25 jours avec 100 000 euros de matériel loué, ça représente entre 700 et 2 000 euros sur l’année, souvent négocié au prorata de la durée du tournage.
Les franchises sont un point critique. Elles varient de 500 à 2 000 euros selon les contrats. Sur un sinistre de 3 000 euros, une franchise de 1 500 euros change radicalement l’équation. Vérifiez ce chiffre avant de signer (c’est le détail que personne ne lit en premier, et c’est souvent là que ça coince).
L’assurance spécifique tournage — les acteurs du marché
Plusieurs assureurs se sont spécialisés dans le cinéma et l’audiovisuel. Trois noms reviennent régulièrement sur les productions professionnelles françaises.
Gras Savoye (Willis Towers Watson depuis 2016) est le courtier historique du secteur. Leurs contrats cinéma couvrent le matériel, la RC, et souvent les pertes financières liées à l’interruption de tournage. Ils travaillent avec des productions de toutes tailles, des courts métrages aux longs métrages internationaux — j’ai vu leurs contrats sur des projets Agat Films comme sur des plateaux Netflix.
AXA Art s’est positionné sur les équipements à haute valeur, ce qui inclut la machinerie cinéma haut de gamme. Leurs expertises sont précises sur les équipements spécialisés, ce qui limite les litiges d’évaluation lors d’un sinistre.
Hiscox propose des formules modulaires adaptées aux tournages ponctuels. Pour une production qui tourne peu fréquemment dans l’année, leurs contrats à la durée sont souvent plus pertinents qu’une couverture annuelle.
Qui paie quoi : la répartition production / loueur / machiniste propriétaire
Cette question revient dans toutes les négociations. La réponse dépend du montage choisi, mais voici la répartition standard sur une production professionnelle.
La production prend en charge l’assurance tous risques matériel pour l’ensemble des équipements loués pendant le tournage. C’est une obligation contractuelle non-négociable. Si une production refuse de souscrire cette couverture, c’est un signal d’alerte sérieux sur sa solidité financière — j’ai déjà raccroché pour moins que ça.
Le loueur (chef machiniste propriétaire) maintient sa RC professionnelle en permanence, couvre son parc entre les tournages via son propre contrat tous risques, et assure lui-même le transport de son matériel jusqu’au plateau. À partir du moment où le matériel est confié à la production, c’est la couverture de la production qui prend le relais.
Les machinistes salariés n’ont généralement pas à souscrire de couverture spécifique. Leur responsabilité dans l’exercice de leur fonction est couverte par l’employeur — la production ou la société de service.
Il arrive que le prestataire propose une couverture globale incluant le matériel pendant le tournage, répercutée dans le tarif de location. Cette formule simplifie la gestion pour la production, mais elle dilue la responsabilité. Je préfère une répartition claire : la production couvre ce qu’elle utilise.
Trois cas concrets pour comprendre ce qui se passe vraiment
Cas 1 — Casse d’un dolly pendant le transport
Un camion de production fait une embardée en route vers le décor. Le dolly se déplace dans la caisse, les rails se renversent. Résultat : un axe de roue tordu, deux sections de rail hors service. Préjudice estimé : 4 500 euros de réparation.
C’est le contrat tous risques matériel de la production qui intervient. Franchise à 1 000 euros : la production paie 1 000 euros, l’assurance prend en charge 3 500 euros. Si la production n’a pas souscrit ce contrat, elle assume l’intégralité — ce qui est aussi la règle contractuelle. Sans discussion.
Cas 2 — Vol de matériel en extérieur
Tournage de nuit en extérieur, véhicule de production stationné dans une rue de banlieue. Le lendemain matin, deux valises d’accessoires machinerie ont disparu — une tête hydraulique et un kit de fixations spécialisées. Valeur : 18 000 euros.
Ce type de sinistre est couvert par l’assurance tous risques matériel, à condition que les déclarations soient faites dans les délais — 24 à 48 heures après la constatation du vol, avec dépôt de plainte. Les contrats prévoient souvent des exclusions sur les vols sans effraction ou les matériels laissés sans surveillance dans des zones identifiées à risque. Lisez les clauses avant le tournage, pas après.
Cas 3 — Dégât des eaux en studio
Une canalisation lâche dans un studio parisien pendant le week-end. Le lundi matin, une partie du matériel machinerie stocké dans le studio a subi l’eau pendant 36 heures. Un système de motorisation de tête remote hors service, plusieurs câbles et boîtiers de contrôle à remplacer. Préjudice : 11 000 euros.
Deux contrats peuvent intervenir simultanément : le contrat multirisques du studio (pour sa responsabilité en tant que propriétaire des locaux) et l’assurance tous risques matériel de la production. La coordination entre les deux assureurs prend du temps — souvent plus que prévu. Documenter l’état du matériel à l’arrivée et lors du stockage, c’est une précaution basique mais décisive.
Ce que j’intègre systématiquement dans les contrats de location
Trente ans sur les plateaux m’ont appris une chose : les litiges d’assurance naissent presque toujours du flou contractuel, pas des accidents eux-mêmes. Voici les clauses que j’intègre de façon non-négociable.
Attestation d’assurance obligatoire avant départ du matériel. La production fournit une attestation d’assurance tous risques matériel valide avant que quoi que ce soit ne quitte mon entrepôt. Ce n’est pas une formalité — c’est la preuve que la couverture existe réellement.
Valeur assurée correspondant à la valeur de remplacement neuf. Pas la valeur vénale, pas la valeur résiduelle : la valeur de remplacement à neuf. Un dolly haut de gamme de 10 ans reste un dolly à 60 000 euros si on doit le remplacer aujourd’hui.
Périmètre de couverture explicite. Transport aller-retour, zones de tournage, conditions de stockage entre les journées. Si un tournage se déroule en partie hors France, ce point est critique — certains contrats ont des limitations géographiques que personne ne remarque en signant.
État contradictoire à la prise en charge et au retour. Un inventaire signé des deux parties à chaque transfert. C’est basique. L’absence de cet état contradictoire est la source de la majorité des litiges — et je n’exagère pas.
Pour estimer précisément les besoins de votre production et anticiper les questions d’assurance, consultez notre guide sur comment préparer une demande de devis machinerie cinéma. Vous pouvez aussi lire notre analyse des coûts journaliers de location machinerie pour construire votre budget global.
Pour discuter de votre tournage et de la couverture adaptée à votre location de machinerie, contactez-nous directement ou consultez le détail de nos prestations de machinerie cinéma.
FAQ
La production est-elle obligée de souscrire une assurance matériel pour louer de la machinerie ?
Oui, dans la pratique professionnelle. Tout contrat de location de machinerie sérieux impose à la production de fournir une attestation d’assurance tous risques matériel couvrant la valeur des équipements loués. Cette obligation protège le prestataire et clarifie la responsabilité de chaque partie. Une production qui refuse de souscrire cette couverture ne peut pas prétendre à une location de matériel haut de gamme.
Quel montant de franchise faut-il prévoir sur un contrat tous risques matériel cinéma ?
Les franchises standard varient entre 500 et 2 000 euros selon les contrats et les assureurs. Sur du matériel à haute valeur — un dolly à 60 000 euros ou une tête remote à 30 000 euros — une franchise de 1 500 euros est courante. Négocier une franchise plus basse en échange d’une prime plus élevée peut être rationnel si la production tourne régulièrement.
La RC professionnelle du loueur couvre-t-elle les dommages au matériel loué ?
Non. La RC pro du prestataire couvre les dommages causés à des tiers dans l’exercice de son activité — pas la valeur de son propre matériel confié à la production. Pour couvrir le matériel loué, c’est l’assurance tous risques matériel de la production qui intervient. Confondre les deux contrats, c’est l’erreur classique qui laisse une production sans couverture au mauvais moment. J’ai vu ça arriver.
Les assurances spécialisées cinéma comme Hiscox ou Gras Savoye couvrent-elles aussi les machinistes freelances ?
Ces assureurs proposent des contrats destinés aux sociétés de production et aux prestataires techniques. Un machiniste propriétaire de son matériel souscrit une assurance tous risques matériel à son nom pour couvrir son parc entre les tournages. Gras Savoye et Hiscox proposent effectivement des formules adaptées aux prestataires audiovisuels indépendants, avec des options de couverture pendant et hors tournage — les deux ont des offres qui méritent d’être comparées.
Que se passe-t-il si le matériel est endommagé et que la production est sous-assurée ?
La production reste redevable de la différence entre la couverture effective et la valeur réelle du préjudice. Si un contrat couvre 50 000 euros de matériel alors que la valeur réelle est de 80 000 euros, les 30 000 euros non couverts sont à la charge de la production. C’est pourquoi la valeur de remplacement à neuf est le bon référentiel — pas la valeur comptable ou résiduelle du matériel.