Dolly, travelling, chariot : comprendre les différences
Sur un plateau de cinéma, la confusion entre ces trois termes est fréquente. Pourtant, chaque outil répond à une logique précise — et le mauvais choix peut coûter plusieurs heures de réglage. Voici comment aborder la question de manière pragmatique.
Un dolly est un chariot de caméra monté sur roues pneumatiques ou sur rails. Il permet des mouvements fluides avant/arrière (push/pull), latéraux, ou combinés. Le dolly classique comme le Fisher 10 ou l’Elemack accepte un bras télescopique pour varier la hauteur de caméra pendant le mouvement.
Le travelling désigne le mouvement lui-même — pas forcément l’équipement. En pratique, on parle de travelling avant quand la caméra avance vers le sujet, de travelling latéral quand elle accompagne le déplacement d’un personnage. Ce mouvement peut être réalisé sur rails, sur dolly à roues, ou même sur steadicam.
Le chariot sur rails est la solution la plus précise et la plus reproductible. Les rails (curved ou droits) s’assemblent au sol et garantissent une trajectoire fixe que l’on peut répéter take après take. Indispensable pour les scènes qui demandent plusieurs passages.
Quand utiliser quoi
Le dolly à roues pneumatiques
Idéal pour les décors intérieurs avec des surfaces planes (parquet, béton lissé, dalles de studio). L’avantage : la mise en place est rapide, il n’y a pas de rails à poser. L’inconvénient : le moindre câble au sol, la moindre irrégularité, et le plan est compromis. Il faut anticiper la préparation du terrain.
On l’utilise souvent pour :
- Les plans séquences en appartement
- Les suivis de personnage dans des couloirs
- Les scènes de dialogue qui nécessitent une légère profondeur de champ en mouvement
Les rails de travelling
La pose de rails demande du temps (prévoir 30 à 90 minutes selon la longueur et la configuration du terrain), mais la précision obtenue est incomparable. Les rails courbes permettent des mouvements circulaires autour d’un sujet — très utilisés en publicité pour les plans produit.
Cas d’usage typiques :
- Travelling d’accompagnement sur des comédiens en marche
- Plans d’ouverture ou de fermeture avec une trajectoire définie
- Scènes en extérieur où le sol est irrégulier (les rails compensent avec des cales)
La tête hydraulique vs la tête fluide
Le choix de la tête est aussi important que celui du chariot. Une tête hydraulique (Cartoni, O’Connor) offre une résistance réglable qui rend les panoramiques et les tilts particulièrement veloutés. Pour des plans lents et dramatiques, c’est souvent ce qu’on recherche.
Ce que le chef machiniste doit anticiper
Avant toute décision d’équipement, le chef machiniste doit avoir répondu à trois questions :
- Quelle est la surface de tournage ? Parquet, moquette, gravier, herbe — chaque surface impose des contraintes différentes.
- Combien de prises sont prévues ? Si la scène se tourne en une seule prise, l’installation de rails lourds n’est peut-être pas justifiée.
- Quel est le poids de la caméra ? Un système ALEXA avec optique anamorphique pèse facilement 15 kg sur tête. Le dolly et les rails doivent être dimensionnés en conséquence.
Le bon équipement, c’est celui qui répond précisément aux contraintes du plan — ni plus lourd, ni plus complexe que nécessaire.